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CRITIQUES

Par Michel Nuridsany - H A R M O N I E - 2000. 3.

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작성자 ADMIN 작성일 21-03-16 13:45 조회 601hit 댓글 0comment

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H A R M O N I E

 
 
                         Par Michel Nuridsany
 
 
 Il est particulièrement intéressant de regarder les esquisses de Lim Dong-lak. Réalisées à l'ordinateur, elles créent les conditions de vision idéales de son oeuvre. On les verra donc comme des projections éclairantes. Les désirs, les souhaits, les impératifs, ici, sont, en effet, fortement marqués.
Voici, d'abord, le décor dans lequel s'intègrent les oeuvres: une prairie rase ou, d'autres fois, un grand plan herbeux qui envahit presque tout l'espace du bas, un rideau d'arbre en arrière-plan, comme une barre d'ombre. La nature, sans doute, mais une nature mesurée, coupée, émondée, contenue, dessinée et sculptée, mise à disposition. Et, par-dessus, toujours, très présents, les grands cheveux des nuages. Les nuages, «les merveilleux nuages» baudelairiens. Les nuages longs, rouges de soleil, qui traînent dans l'air liquide ou bien amoureux d'eux-mêmes, qui s'alanguissent dans un bleu plus sombre glissant vers la nuit.
Ce décor, pourquoi s'y attarder ainsi, demanderez-vous ? C'est que ce décor indique clairement comment l'artiste situe son oeuvre: entre la mesure et, sinon la démesure, du moins ce qui échappe à la mesure. En ce qui concerne Lim Dong-lak, c'est essentiel. D'emblée, grâce à ces esquisses, nous sommes au coeur de la question.
 
 Au centre, la sculpture. En royauté. Vue de face. Ni ostentatoire, ni tâchant de se faire oublier. Modeste mais bien là. Occupant une position centrale mais en harmonie. Sculpture en accord avec le lieu, généralement situé dans un tissu urbain ouvert sur un arrière-plan de nature: la mer, la montagne, un rideau d'arbres. Sculpture intégrée.
 
  Ici une question s'impose: doit-on parler de sculpture ou bien de monument ? La question n'est pas seulement sémantique: presque toute l'oeuvre de Lim Dong-lak est destinée au plein air, à l'espace public.
 
 J'ai accrete, il y a quelques années, à la demande de Jack Lang, alors ministre de la culture, un ouvrage sur la «commande publique», donc sur l'oeuvre d'art en milieu urbain. Principalement urbain. La question m'intéresse. Autrefois, dans les villes ou les villages, les monuments étaient érigés à la gloire des princes. En France, les places où l'on installait ces monuments étaient bombées. De ce fait, elles rejetaient (symboliquement, bien sûr) le peuple à l'extérieur et rehaussaient encore le monument, autant dire le prince. En Italie la place était incurvée: le monument attirait à soi le peuple et, d'une certaine façon, le rendait captif ou le retenait. Façon de faire et d'être différentes. Fortement accentuées.
Caractéristiques de chacune des deux nations.
 
 Aujourd'hui, en dehors des pays à régime autoritaire, on ne  glorifie plus guère les princes ou ce qui en tient lieu. A quoi servent donc ces oeuvres qui parsèment l'espace public comme celles de Lim Don-lak ?
 
 Si l'on regarde les oeuvres de Richard Serra, de Jean-Pierre Raynaud, d'Erik Dietman, de Lim Dong-lak, destinées à l'espace public, on constate qu'elles ont rarement été faites dans l'optique d'accompagner un ouvrage d'architecture, contrairement à celles d'un Moon In-soo, par exemple, excellent artiste qui, en Corée, ne travaille presque plus qu'à l'ombre des architectures en construction, dans un rapport de couple, dirons-nous, particulièrement déséquilibré.
Elles ont pour fonction d'«embellir» l'espace urbain. Commande est donc passée à un artiste, généralement renommé, qui propose des dessins, puis des maquettes, et enfin réalise l'oeuvre acceptée par des commissions, des jurys et autres assemblées qui se croient éminentes. On s'aperçoit alors que l'artiste n'obéit pas toujours aux recommandations qui lui ont été faites, aux commandes qui ont été passées, comme en témoigne les facheux incidents qui ont éclaté après la mise en place de l'une des oeuvres majeures de Richard Serra aux Etats-Unis. l'artiste avait choisi de situer sa sculpture -inclinée à la limite de tomber, comme souvent- sur le parcours habituellement employé par le public. A proposition violente, réponse violente: le public se ligua contre cette oeuvre réputée dangereuse, qui les gênait. L'oeuvre, impressionnante et monumentale, fut déplacée, à la grande fureur de l'artiste. La sculpture, le monument érigé dans l'espace urbain, est un don fait au public mais aussi une violence faite à ses habitudes.
 
 Le public réagit souvent avec vigueur à ces oeuvres là. Preuve, s'il en était besoin, de leur singulier pouvoir. le moindre accroc peut être fatal. «Clara-Clara», magnifique sculpture que Serra voulait offrir à Paris, et qui fut exposée en grande pompe aux Tuileries, s'est vue déplacée à la Défense, après une féroce polémique (elle gênait, paraît-il, la fameuse «perspective»), dans un noeud d'échangeurs, en contrebas, presqu'invisible, taguée à mort, injuriée, oubliée, pour être enlevée enfin, et remisée, Dieu sait où, en attendant l'oubli définitif des fonctionnaires.
 
 Jean-Pierre Raynaud me disait que, toute oeuvre d'art, dans l'espace public, devait se situer à plus de deux mètres du sol pour éviter les déprédations des promeneurs en mal d'expression ou de fureur.
Dans l'espace public, le public se sent chez lui et perçoit un peu l'oeuvre d'art comme une intrusion. Pour être tolérée, celle-ci se doit de n'être pas vindicative -ou par son excès d'obscurité, ou par l'élitisme affirmé - mais ouverte, drôle, comme la fontaine de Niki de Saint-Phalle et Tinguely à côté du Centre Pompidou. Ou en harmonie.
 
 Harmonie... C'est là qu'on retrouve Lim Dong-lak dont tout le travail de sculpture s'épanouit magistralement dans cette contrée mystérieuse où les tensions s'équilibrent, ou se résorbent, où le calme s'énonce, où l'oeuvre irradie.
Les sculptures de Lim Dong-lak ne gênent pas, n'agressent pas, ne s'isolent pas dans une ignorance superbe de l'autre. Elles s'inscrivent pour le concert -certes en soliste- au sein de l'orchestre. Et elles chantent.
Lim Dong-lak est un homme pondéré et doux qui parle doucement, d'une voix posée, mais il y a du feu sous la pondération de façade. L'équilibre est un équilibre conquis.
Comme dans ses sculptures
Lim Dong-lak est né à Taejun, ville située dans une bassin plat, au Sud de Séoul, presqu'au centre de la Corée du Sud. Enfant il aimait dessiner: il voulait être peintre. Si vous l'interrogez et si vous lui demandez d'où lui vient ce goût, il vous dira qu'il lui vient de son père. Son père était donc un peintre, un professeur, un lettré ?
Pas du tout. Son père était soldat.
Alors haut gradé, amateur d'art ?
Non plus.
La réponse est plus simple, plus triviale. Et plus intéressante quant à l'appréhension de l'artiste et de son oeuvre. Son père étant obligé, chaque année, de changer de ville de garnison, il était extrêmement malaisé au petit Dong de se faire des amis. Le jeune garçon (puis l'adolescent) a donc vécu une jeunesse errante et solitaire, se réfugiant dans les livres d'art, entretenant le seul dialogue apparemment possible, pour lui, avec le dessin, puis la peinture.
De cette période, Lim Dong-lak retient quelques souvenirs: celui, par exemple, d'avoir brûlé des brindilles de bois pour obtenir une sorte de fusain fruste et dessiner avec ce charbon de bois-là sur le motif. Il se rappelle aussi avoir éprouvé, en ce temps-là, une espèce de passion pour la lumière et les ombres. Nous y reviendrons.
 
 Difficile de dater exactement tout cela: étrangement la biographie de Lim Dong-lak ne comporte aucune date, même lorsqu'il s'agit de donner des indications sur ses expositions personnelles. Il note seulement: 1° exposition personnelle, 2° exposition personnelle, 3° exposition personnelle etc... Pourquoi ? Au fait, quand est-il né ?
 
 A propos de cette période encore, il me confiera -lui qui a passé tant de concours, qui a gagné tant de distinctions- qu'il a été très déçu par l'Université. Il précisera qu'il a accompli son service militaire (pendant trois ans) chez les parachustistes et qu'il aimait beaucoup sauter.
Un semblant de date, quand même: il participe à la biennale de Paris «autour de 1980». Une vraie date enfin: il s'installe en 1986 à Pusan, où il occupe des fonctions éminentes au musée et dans l'organisation de l'important Symposium de Scupture en plaine air. J'ai fait partie, une fois, du jury de cette manifestation et j'ai pu mesurer, à cette occasion, la qualité de l'organisation, le sérieux des débats et l'importance de ces rencontres internationales.
Lorsqu'on lui demande quelle influence a eu Pusan sur lui, il répond immédiatement: «La place de la nature». Or, à part la mer, qui borde la ville, la nature est peu présente dans cette cité que l'on caractérise très bien lorsqu'on dit d'elle que c'est une «ville de plaisir» -fort agréable, du reste- où les japonais, proches voisins, viennent volontiers. En bordée.
 
 Lim Dong-lak, lui, insiste sur son caractère «sauvage», «pas élégant». «A Pusan, dit-il, les gens sont très directs».
La solitude, l'enfermement sur soi-même et un probable fort sentiment d'insécurité  caractérisent donc les années de formation; mais, plus encore -ou tout autant- le passage qui s'effectue de la peinture à la sculpture. On se rappelle que Lim Dong-lak est «né» peintre.
S'il est passé à la sculpture c'est par un étrange, mais profond, sentiment d'enfermement, de limitation qu'il éprouve dans l'espace à deux dimensions. S'il est passé de la figuration à l'abstraction, c'est, dit-il, pour les mêmes raisons.
Nous avons évoqué son enfance non sans raison: ses errances, même s'il les a mal vécues, lui ont donné le goût amer des départs.
 
 De la liberté.
«Je m'amuse en trois dimensions», dit-il.
Un autre élément marquant, dont on peut déduire l'importance à travers l'activité de son père, même si Lim Dong-lak ne fournit pas de dates, est la guerre civile, la guerre entre les deux Corées. Epouvantable selon tous ceux qui l'ont vécue, mais dont il ne dira rien - ou presque rien. Son oeuvre parle pour lui: on relève des traces de destructions ou de «déconstructions», allusives mais assez fréquentes, dans nombre de ses sculptures.
Des fractures.
Mais résorbées.
On a évoqué le yin et le yang à propos de son art. Il y a, dans toutes ces sculptures, une harmonie née d'un équilibre parfait entre les forces contraires affrontées. Ces forces antagonistes formant un couple où les tensions se résorbent.
Le mouvement dans la stabilité, en quelque sorte.
Voyez ces droites affirmées qui s'interrompent pour laisser place au doute de lignes contraires, soudain plus véhémentes ici, voyez cet ordre et puis ce chaos, voyez ces formes géométriques compactes, sereines, que traverse un serpent végétal, voyez ces angles droits et cette ondulation, voyez cette boule au milieu de la forêt de hauts et longs parallélipipèdes réguliers. Tout, dans cet art classique, désigne ce qui lui échappe, le reconnaît et le mesure, le pèse et l'arcboute à son contraire, concerté, stable, économe.
Dans l'espace public, ces sculptures, souvent évidées en leur centre -on peut y voir une influence lointaine d'Henry Moore- plaisent par la façon simple dont l'artiste a résolu les contradictions, jamais niées, mais résorbées dans un grand tout qui les comprend.
Dans la lumière égale.
 
 La lumière: nous y voilà. Elle était présente lorsque le jeune dessinateur s'intéressait à ses variations et qu'il essayait d'en transcrire les subtilités sur la feuille de papier avec son morceau de charbon de bois. Ou lorsque le jeune artiste commença à sculpter dans la pierre, s'intéressant beaucoup aux ombres que la sculpture dessinait au sol. Elle l'est beaucoup plus encore, aujourd'hui, lorsqu'il l'attire dans ses coroles de métal, lorsqu'il la modèle sur ses cylindres savamment enchevêtrés qui s'évanouissent, se dilapident dans des glissements changeants, des errements, des ruptures douces ou lorsqu'il en renvoie l'éclat aigre, pointu, parfois.
 
 Magnifique évolution: ici la lumière s'invite, ajoute ou intègre, en quelque sorte, sa sculpture impalpable à la sculpture de métal, en contrepoint. Masse de lumière mouvante, en dialogue avec les rondes volutes de l'acier.
La lumière est désormais au centre de cette sculpture qui joue des pleins et des déliés, avec l'air qui la caresse, l'ombre qui la creuse, la lumière qui l'enchante.
Sculpter la lumière, voilà.
«La lumière, dit Lim Dong-lak, c'est l'espoir».
C'est le mouvement.
La vie.
Lumière.

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